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Anatole Broyard, Rosie et moi | The playground

Anatole Broyard était un célèbre critique littéraire new-yorkais, décédé d’un cancer métastatique de la prostate en 1992. Il a consigné ses réflexions sur sa maladie et son expérience dans une collection d’essais publiés sous le titre « Intoxicated By My Illness »1, qui, pour une raison quelconque, vient de me paraître. C’est un bijou de livre, et […]

Anatole Broyard était un célèbre critique littéraire new-yorkais, décédé d’un cancer métastatique de la prostate en 1992. Il a consigné ses réflexions sur sa maladie et son expérience dans une collection d’essais publiés sous le titre « Intoxicated By My Illness »1, qui, pour une raison quelconque, vient de me paraître. C’est un bijou de livre, et un essai en particulier, « Le Patient examine le médecin », est tellement rempli d’observations — stimulantes, provocantes, espiègles et émouvantes — qu’aucun médecin avec un brin d’humanité ne pourrait en tirer quelque chose.

Broyard veut que son médecin soit: un lecteur attentif de la maladie et un bon critique de la médecine; pour étudier la poésie; pour imaginer la solitude du malade critique; pour ressembler à Oliver Sacks; pour ne pas l’aimer, mais « être lié à moi pour un bref espace »; pour tâtonner son esprit; pour être spirituel; pour lui permettre de « s’approprier » sa maladie; utiliser la libre association pour mieux conceptualiser sa maladie; le regarder directement; avoir sa propre voix (celle du médecin), « quelque chose qui transmet le timbre, le rythme, la diction et la musique de son humanité »; parler, « car parler est le baiser de la vie »; et être son familier dans le pays étranger de la maladie en phase terminale. Si cela semble un défi de taille, je pense que Broyard se contenterait d’un peu moins, car tout ce qu’il demande vraiment, c’est que son médecin « renonce à une partie de son autorité en échange de son humanité ».

Ma sœur Rosie était féministe, lesbienne et psychothérapeute, une femme qui vivait pleinement, aimait son partenaire et sa famille, dansait et chantait, et est décédée d’un cancer du sein à l’âge de 45 ans, il y a 6 ans. À sa maladie et à sa mort, elle apportait toute la force de son caractère. Elle portait des perruques bleues. Elle a défié ses médecins, donnant du crédit là où c’était dû et des critiques également. Elle a dessiné des dessins animés empreints d’humour noir : dans l’un d’eux, une femme regarde par la fenêtre, tandis que son partenaire est assis derrière elle. La première femme dit’ « Il y a un type sur le point de frapper à la porte ». « Porte-t-il une longue cape noire à capuche et porte-t-il une faux?’. ‘Aucun’. « OK : laissez-le entrer alors!’. J’ai cité cette caricature lors de ses funérailles, un enterrement qui nous a tous privés, bien sûr, mais qui nous réjouissait aussi de ce que Broyard appellerait la « composition spirituelle » de Rosie. L’esprit qui a commandé un cercueil en carton floral; qui a été salué lors des funérailles par une représentation a capella de « La Rose » par ses amis de la chorale communautaire locale; qui a choisi, avec son partenaire, ce « fragment tardif » de Raymond Carver pour son épitaphe: « Et avez-vous obtenu ce que vous vouliez de cette vie, malgré tout? Je l’ai fait. Et qu’est-ce que tu voulais ? M’appeler bien-aimé, me sentir bien-aimé sur la terre « .2

Et moi ? Je sais que j’ai appris des choses d’une valeur inestimable de la vie et de la mort de ma sœur. J’espère pouvoir maintenant regarder Broyard dans les yeux et ne pas lui faire défaut. Et, bien qu’aucun poète, j’ai essayé de mettre certaines de mes impressions en mots. C’est pour Rosie, pour Anatole Broyard, et pour tous les patients mourants qui m’ont appris qu’un médecin doit valoriser son humanité au-dessus de son autorité:

Observations /Chanson pour l’Irlande

Un voile blanc dans votre poumon gauche: Un testament vivant sur votre cheminée.

Votre foie craché sous les draps: des cactus hérissés à côté de votre lit.

Le liquide malin gonfle votre ventre: Mais la bénignité est votre essence.

Des mèches de cheveux sur votre cuir chevelu pâle : Vous achetez des chapeaux et des écharpes colorés.

Votre radiographie une zone sinistrée: Votre sourire un poste de premiers secours.

Votre peau est jaune et mince: vous rêvez de voiles gonflées sur les bateaux que vous avez construits.

La tumeur mange votre chair: votre petit-enfant est assis aimé sur vos genoux.

Et toi, ma chérie, sœur mourante : Tu me chantes « Une chanson pour l’Irlande « .

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